Un projet qui tombe à l’eau …

Comme certains l’ont déjà surement entendu, j’étais au Cambodge pendant un bon mois pour un nouveau projet. Toujours dans l’idée de rencontrer les gens qui peuplent notre planète mais qui vivent dans un environnement très particulier. Toujours avec Simon nous avions en tête de traverser le Tonlé Sap pour rejoindre Phnom Penh en pédalo =). C’est un des plus grands lacs de mousson du monde, il quintuple de taille en saison des pluies. Il impact beaucoup la vie des cambodgiens car il fournit beaucoup de poisson. Beaucoup de personnes vivent dessus, dans les forêts ou au milieu du lac, sur des bateaux ou des maisons flottantes, sédentaires ou nomades, khmer ou vietnamien … Bref un biotope qui m’attirait.

J’ai donc roulé jusqu’au bord du lac, à Siam Reap, la ville proche des fameux temples d’Angkor. Simon m’a rejoint le lendemain en bus car son vélo indien a du abandonner la course à Bangkok. On est arrivé dans un petit hôtel situé dans une belle maison coloniale en bois. Après 1 ou 2 jours de repos on s’est mis au travail, c’est-à-dire à la recherche du bois, des barils, des axes, des outils, faire du repérage autour du port etc.. Mais malgré un bon début, on a eu des interdictions d’accès et des questions sur notre sécurité sur le lac. On nous conseil donc d’aller faire une demande auprès du gouverneur.

Et la commence une longue attente … et oui le Cambodge était une ancienne colonie française … on a eu la bonté de leur transmettre les lenteurs procédurières. Malgré des déplacements jusqu’à l’office 2-3 fois par semaine on a dû attendre 3 semaines et étendre nos visas. Heureusement, le Blue Lizard, ce petit hôtel, m’a fait beaucoup de bien. On avait un lieu calme et paisible et on a rencontré beaucoup de backpaker et de cyclo, tous plus ouvert d’esprit les uns que les autres. Cela m’a fait un bien fou. Côtoyé presque uniquement des personnes (beaucoup de français mais pas uniquement) qui vivent selon une culture proche de la mienne m’a permis d’un peu retrouver le Arthur d’il y a un an. Notamment en cuisinant, en discutant et débâtant sur certains sujets (politique, écologique, religieux …), en jouant aux cartes, en faisant de la peinture, en partageant quelques bières etc. Cet arrêt m’a aussi montré que j’aimais me poser à un endroit pour croiser et discuter avec les mêmes habitants tous les jours ; la vendeuse de patates douces, celle qui tient son barbecue, la vendeuse de fruits et légumes, le boulanger, le jeune de la supérette … bref des contacts simples, de la vie quotidienne mais qui, grâce au temps, sont ressourçant.

On ne voulait pas commencer la fabrication du radeau sans l’autorisation car la matière première (bois et barils) était estimée à 500€. Finalement on a reçu une belle lettre en Khmer nous autorisant à aller sur le lac pour environ 15 jours pour étudier les complexités agricoles liées à cet environnement (pêche, pisciculture, commerce, récolte de bois, culture du riz en saison sèche, élevages hors-sol, cueillettes …). On a donc pu construire notre super radeau, fabriquer un toit et essayer le mécanisme des roues à eau. On a eu un super coup de main de voyageurs allemands et français de passage à l’hôtel (un grand merci à eux). Malgré cela on a eu des difficultés sur le design des roues et notre longue attente nous a rendus un peu impatient de partir sur le lac.

On a donc fini notre liste de course ; gaz, nourriture, eau, savons, ustensiles … pour 15 jours. On s’est installé sur notre radeau qui flottait depuis quelques jours sur le canal à quelques kilomètres du lac. Après une tentative tardive à la perche on est resté à vivre sur le radeau 2 jours pour bien observer le ballet des bateaux de pécheurs, des commerçants et ceux (très importants) des touristes. Simon a installé son hamac, moi je me suis construit un petit lit. On est plutôt bien, ça bouge pas mal, il fait frais, beaucoup de moustiques et de bruit la nuit mais le bateau est solide et nous débordant d’énergie. Tout va bien ! J Il est 6h30, on est mardi 21 février et c’est parti. La rivière est calme, on se place au milieu et Simon pousse le bateau avec une longue perche en bambou, moi je suis devant pour diriger l’avant (vous pouvez comprendre par : je ne fais rien). C’est dur et lent mais ça avance. On échangera rapidement les places, les bateaux se font de plus en plus nombreux, il commence à faire chaud. Mais on avance sur le regard amusé ou intrigué des touristes et celui souriant et amicaux des locaux. Après 3 bonnes heures d’efforts on arrive enfin devant une vaste étendu d’eau et le premier village flottant : Chong Kneas. On est content, on se fait une pause pour nos petits bras et on essaye de voir où fixer le bateau-maison. On décide de se rapprocher des plus petites maisons flottantes près de la rive. C’est proche mais il faut encore traverser le chenal et éviter les bancs de sable. On arrive finalement près de 3-4 jolies maisons, on demande si on peut rester près d’eux, s’accrocher aux piquets. Pas de problème, un gamin se jette à l’eau pour nous aider, Simon le rejoint. Ca y est, on est sur le lac, je fais à manger, on fait la sieste, tout vas bien. Mais rapidement on voit les maisons partir, ils les déplacent toutes une par une. On se demande si on doit aussi se déplacer, la communication est difficile. On décide de rester là où on est, fixer de nouveaux piquet n’est pas si simple, on pense se déplacer demain. Simon me rappelle que c’est son anniversaire, je lui achète un coca à une marchande qui vogue de maison et maison. Je lui prépare un super diner juste avant la tombée de la nuit.

« Point final », l’aventure sur le lac se termine bien là pour nous. Le chef de la police du village flottant est au courant de notre présence, il ne veut pas qu’on reste dormir là. C’est trop dangereux … On n’a pas de moyen de se déplacer, on nous remorque jusqu’à l’immense barge touristique, il y a des jeunes, on boit un coup, on discute, pas mal de coup de fil, de l’attente. Finalement on nous dit de dormir là car le chef est sur terre, on verra demain. Le sommeil presque trouvé, le chef débarque, nous réveil. On discute longuement, je lui montre la lettre mais rien à faire, j’ai beau me donner à fond dans mon argumentation il veut absolument qu’on rentre à terre. On fait vite fait nos sacs, il est tard, on est déçu et triste. Arrivé au port, la police des touristes arrive dans leur grosse voiture, on monte à l’arrière du pick-up et ils nous ramènent à fond sur Siam Reap à notre vieux Blue Lizard.

Le lendemain on retourne voir la police de touristes pour avoir des explications. Ils n’ont rien à faire de l’autorisation du gouverneur, a priori c’est marqué qu’on est autorisé à rester le jour mais pas la nuit (c’est écrit en khmer, on ne peut rien dire). Combat perdu d’avance. Je leur dit finalement que je dors au Cambodge dans les temples bouddhistes, que les gens sont bons, que c’est peu risqué … mauvaise idée, on me répond que c’est aussi interdit. Il est donc interdit de dormir en dehors d’un hôtel lorsqu’on détient un visa touristique cambodgien.

Maintenant il est temps de s’enrichir, de voir quels ont été les bons côtés et quels ont été nos choix qui nous ont conduits à cet échec. Pour cela je pense que j’aurais du temps car je repars tout seul sur les routes du Laos et de la Thailande. Simon va lui réfléchir et/ou se prélasser sur une ile cambodgienne.

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2 réflexions sur “Un projet qui tombe à l’eau …

  1. BA

    C’est sympa de te lire à nouveau…cela me manquait…..Super votre radeau…c’est dommage que tu ne puisses pas le mettre dans tes sacoches…..En tout cas, profites bien de tes nouvelles aventures et n’oublie pas de te pauser. Des bisous

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  2. drye

    Quel plaisir de te lire.
    Merci pour ces réflexions, ces émotions que tu nous fais partager. On voyage avec toi.
    Si tu souhaites naviguer sur un voilier plutôt que sur un pédalo, ce sera un grand plaisir de partager avec toi des moments sur ma Brindille quand elle sera terminée.
    Bises
    Rico

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