J 430 ; une journée au Laos

Ce n’est pas un extrait du journal de bord vu que je n’écris plus quotidiennement mais je voulais vous faire partager cette journée riche en aventure et parce que ça fait longtemps que je n’ai pas partagé mon « quotidien ».

La veille je m’endors paisiblement, le vendre plein grâce à une délicieuse soupe de champignon accompagnée de riz collant. Je suis dans une belle maison lao, en bois et sur pilotis. Un monsieur d’une soixantaine d’années m’a gentiment laissé ici pour la nuit, lui dort dans la boutique au bord de la route.

Je me réveille tranquillement au son des coqs, des buffles et de la voisine qui dois préparer le feu depuis 4h du matin. En descendant les escaliers mon premier regard se tourne vers mon tendre vélo qui dort dehors avec la plus part de son attirail. J’ai le malheur de voir que quelque chose a changé. Je ne vois plus mon short ni mes chaussettes. Je regarde aux alentours, je ne vois rien. Mon hôte est debout je lui demande s’il a vu mes habits. Là il me montre mon short, dans un état pitoyable. Il a été mâché et piétiné dans la boue par les ruminants du village. Et les chaussettes ? Il me dit qu’elles ont probablement été avalées par ces mêmes chenapans. Zut ! La prochaine fois il faudra faire plus attention ! Mais bon ce n’est qu’une paire de chaussette.

Avant de partir il me propose de remplir le panier de riz collant que je ballade avec moi. J’accepte volontiers pour mon petit déjeuné. Je partage quelques sucreries locales à la banane et à la noix de coco puis j’enfourche mon vélo. Le ciel est nuageux mais pas menaçant, rouler est donc particulièrement agréable. Je m’arrête dans une petite cabane en bois une dizaine de kilomètre plus loin car j’ai le ventre vide. Je mange le riz collant et j’ouvre une boite de maquereaux à la tomate que je trimbalais pour le diner de la veille.

Je repars rassasier, je peux enchainer kilomètre après kilomètre sans problème. Je pédale dans une superbe vallée verdoyante. Je croise par ci un village, pas la une rivière. J’ai peut être fait 40 km, le ciel est toujours couvert mais là les nuages se percent. Par chance juste à ma droite une cabane vide me fait m’arrêter. La pluie était assez forte mais j’aurais pu tout aussi roulé sous la cape de pluie. Je préfère prendre mon temps, bouquiner le temps d’une accalmie. Une petite heure à peine et la pluie est devenu crachin, je décide donc de rouler. Les quelques gouttes qui tombent rafraichisses l’atmosphère et rend la journée plus agréable. Bon jusque-là la journée était agréable mais …

Je croise le grand village que je guettais sur les bornes kilométriques, il doit être à peine midi, j’ai bien roulé. J’hésite à m’arrêter manger, attendre à l’abri la chaleur de mi-journée. Je ne sens pas la faim et il y a encore quelques nuages qui me protègent des brulures. Je suis à la sortie du hameau, je ne sentais pas l’envie de m’arrêter mais mon vélo en a décidé autrement. Pshhhhhhhh ! Grosse crevaison ! Mince. Demi-tour, je marche en direction du marcher pour trouver un jus de canne frais. Je n’en trouve pas (étonnant), je m’arrête sous un abri, prend un thé glacé et change de chambre à air. J’ai eu 2 crevaisons il y a quelques jours, je commence à avoir le coup de main. Je regonfle mon pneu et la mauvaise surprise grosse hernie ! Vu le prix des pneus et leur renommés, je suis assez surpris. Je décide donc d’aller à la recherche de fils solide et reviens sous mon abri pour recoudre le pneu. Super, ça à l’air de faire l’affaire, pas si dure que ça. Je protège la couture avec un morceau de boyau des frottements avec la jante. Je remonte le tout, je gonfle et la … Pshhhhh ! Ho non là ça commence à ne pas être rigolo ! Je ne sais pas ce qui se passe, mais rebelote, je redémonte tout. Je regarde l’état de la chambre à air, j’essaye de gonfler, l’air ressors directement je n’arrive donc pas à repérer le trou. Je regarde les valves, sur les 3 chambres à air elles ont l’air usées, ouvertes, je me persuade que ça vient de là. Je mets mon dernier boyau en « bon » état, ouf ça marche ! Ça m’a bien fatigué tout ça, il est presque 2h, je file trouver un resto. Je mange une soupe de poulet, on ne peut plus dur, accompagné toujours de riz collant. Ça fait du bien, je m’endors sur ma table de resto après avoir simplement poussé mon assiette et mon bol.

Il est 15h, le soleil commence à devenir supportable, je suis en pleine forme je reprends donc le vélo.  Ça monte, ça descend, la route sinueuse m’entraine à travers la vallée et ses quelques collines. Le paysage est toujours magnifique, très vert, montagneux. Je croise des rivières, des étangs, quelques rizières. C’est particulièrement humide ici, une chance pour les paysans, ce n’est pas le cas partout au Laos en cette fin d’hiver. Les rares éclaircies ont fait place à un ciel dégagé mais la fin de journée approchant l’air reste frais. C’est donc très agréable. J’ai peut-être déjà parcourus les 100 km mais mon corps étant de plus en plus entrainé je ne sens pas vraiment la fatigue. Je décide donc de continuer de rouler malgré le soleil descendant. Mon visa arrivant bientôt à expiration, je préfère rouler un peu plus pour me laisser quelques jours de pauses par ci par là.

En fin de journée la route sinueuse commence à me conduire vers de belles, et malheureusement hautes montagnes. Après quelques belles petites montées et des nuages sombres au loin je commence à chercher un endroit où passer la nuit. Ça grimpe de plus en plus, les endroits plats se font de plus en plus rare, je croise un barrage et des carrières, des zones peu propices au camping. La nuit guette, je trouve un coin pas si mal, proche d’habitations, je demande si je peux planter la tente. Certains locaux me disent qu’il n’y a pas de problème. Je vois un peu plus haut un camp de militaire, mince, mauvais signe. Je monte demander si je peux rester là, un militaire dans son hamac me dit non et me dit d’aller 4 km plus loin, au prochain village. J’y vais rapidement. Ça grimpe toujours, je me dépêche. Ça y est, je commence à bien sentir mes mollets =).

Au village, je trouve un endroit plutôt bien, protégé des bruits de la route. On me dit qu’il n’y a pas de problème, que je peux rester ici. On m’invite à monter la tente sous un toit, en cas de pluie. Mais sa proximité avec la route me fait rester sur mon premier choix. Je monte vite la tente puis descend à la rivière me laver. L’eau est fraîche, la nuit est tombée mais je me lave en compagnie d’autres jeunes du village et sachant avoir un abri pour la nuit, rien n’est plus agréable. Je remonte à ma tente, je récupère quelques morceaux de bois pour préparer mon repas. J’allume mon feu, il y a plein de feuilles séchés qui me permettent de l’allumer en un claquement d’étincelles. Il est tard, je décide de préparer des nouilles instantanées agrémenté d’un oignon fris et de quelques épices. Un jeune de 16 ans parlant bien anglais arrive et m’invite à passer la nuit chez lui, dans sa famille. La proposition est très agréable mais ma tente est plantée et les oignons rissolent. Il me dit que je serais mieux chez lui en cas de pluie. Je souris et lui dit que je fais confiance au toit de ma tente.

L’eau est sur le point de bouillir, mes affaires sont rangées, mon vélo attaché à la tente et là ce qui devait arriver arriva ! La pluie ! Grosse pluie ! Ouf je suis à l’abri, je prends ma casserole d’eau bouillante, tire ma petite serviette qui me sert de table sous le auvent. Tout va bien, je mets les nouilles et referme le couvercle. Il pleut fort, très fort, je n’avais jamais eu ça depuis le début de mon voyage. J’organise les affaires et là surprise : l’eau arrive sous la tente, c’est une rivière ! Vite je range tout dans mes sacoches imperméables, quelques trucs dans la bassine. J’essaye de sortir dehors pour incliner mon vélo en cas de grand vent et commencer à déplacer mes affaires sous l’abri proche de la route. Mais à peine le dos sous la pluie que je suis à moitié trempé. OK, c’est le genre de pluie où tu ne peux pas aller dehors sans avoir le caleçon mouillé en moins de 30 secondes. Je me glisse donc dans ma tente. Mais il y a plus d’un centimètre d’eau qui ruisselle dessous ! Heureusement une petite partie un peu plus en hauteur me permet de m’asseoir au sec et de laisser mes affaires. Je n’ai plus qu’à attendre ici, recroquevillé dans un coin de ma tente. Heureusement que j’ai fait des nouilles, je peux donc apprécier un repas en espérant que la pluie cesse, que le toit ne cède pas et que le ruissellement ne s’intensifie pas.

Finalement les trompes d’eau s’arrêtent, seul un doux crachin persiste. Je sors, en caleçon (je ne veux pas mouiller mes affaires), sous la maigre lumière de la frontale. Je regarde mon vélo, ça va, adossé à une maison inhabité il est plutôt protégé du vent et même de la pluie. Je vais ensuite à l’abri et la surprise : une belle marre d’eau jonche le sol. Impossible de l’évacuer, je ne peux pas mettre la tente là, j’ai donc fait surement le bon choix tout à l’heure. Je réfléchi 2 minutes … je n’ai pas trop le choix, je décide de rester là où je suis. Mais pas moyen de dormir sereinement dans ces conditions. S’il se remet à pleuvoir, en position allongé, je serais à moitié trempé. Je prends don un morceau de bois et commence à creuser un fossé, puis une digue, puis un deuxième fossé … puis une deuxième petite digue. J’ai vraiment envie de dormir sereinement et vu l’intensité de la pluie et du ruissellement rien ne serrait arrêter cette force dévastatrice. Pierre, sable, terre, branche, je mets ce que je trouve pour fortifier la digue. Ça semble solide … Je suis content. J’ai œuvré activement pour éviter une nouvelle pluie mais j’y ai pris beaucoup de plaisir. Je me suis senti de retour en enfance, je me rappelais les châteaux de sable, les batailles de boues, les pluies torrentielles lors d’après-midi d’été …. Finalement ce n’est que de l’eau qui coulait à vau-l’eau, tout va bien ! Je me suis lavé les mains et je suis retournée finir mon souper dans ma petite tente adorée.

Bonne nuit !

 

PS : Bien sur il n’a pas replu de la nuit 😉

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2 réflexions sur “J 430 ; une journée au Laos

  1. drye

    Bonjour Arthur,
    C’est toujours aussi agréable de te lire, tu fais très bien ressentir ce que tu vis.
    Ton blog nous montre au fur et à mesure de tes articles les changements dans ta façon d’appréhender la vie. Tu sembles de plus en plus philosophe, serein et tu nous montres une certaine sagesse que pour ma part je commence seulement à ressentir. A 60 ans, il est temps…
    En tout cas, je suis admiratif de ce que tu fais.
    De grosses bises du Rico

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  2. Salut Eric,
    Merci pour tes commentaires qui me font très plaisir. Je vois beaucoup de choses, je fais beaucoup de rencontres et j’ai beaucoup de temps pour essayer de faire mes petites analyses et de savoir ce que je veux transmettre lors des longues journées de vélo. J’évolue, je change et je pense de plus en plus à l’essentiel, à certaines choses simples, basiques. C’est peut être la que tu vois de la sagesse … moi je le vois différemment 😉 ; on pourra en discuter de vive voix à mon retour, sur ton bateau par exemple (j’ai retenu l’invitation de ton autre commentaire 🙂 ).
    A bientôt, bises
    Arthur

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