L’Homme : une énergie sans limite

Après 18 mois à travers l’Asie et un autre petit pour traverser le désert australien la belle vie à pris fin. En effet, voyager sans travailler ne pouvait pas perdurer. Je me suis donc arrêté à Home Hill ; petite bourgade aux abords de l’océan pacifique. Cette région hyper-agricole est ensoleillé pendant plus de 300j par an et repose uniquement sur sa nappe phréatique et son barrage qui autorise une irrigation permanente. Les agriculteurs de la région produisent principalement des poivrons, melons, pastèques, courges, tomates, aubergines et courgettes pendant 6 mois et des mangues en fin d’année. Même s’il y a 50 ans la plus part des exploitants se sont installés sur des petites surfaces aujourd’hui les fermes familiales sont de moins en moins compétitives et seul les immenses exploitations survivent.

En cherchant un travail, j’ai eu beau demander aux locaux et à une institution nationale ils m’ont tous redirigé vers une auberge de voyageurs (appelé backpecker hostel). Apparemment cela est devenu essentiel car les travailleurs étaient lents (ou feignants) ou ils abandonnaient leurs postes du jours au lendemain. Comme tout le monde, je suis donc aller dans l’hostel recommandé. Sans certification de travailler et au prix relativement chère pour une auberge de campagne, j’ai toutefois signé pour une première semaine. La certitude de travailler pour 23$AUD (16€) par heure à aussi jouer dans ma décision. Le maître mot était : « au jour le jour », je ne pourrais donc savoir si je travail uniquement le soir (parfois tard) pour le lendemain. Le premier jours je suis sur la liste d’attente, pas de travail donc. La responsable me demande d’être prêt à 6h au cas où quelqu’un est malade. C’est donc finalement vers 8h qu’elle vient me trouver pour partir travailler : impeccable. Les premiers jours je bosse à droite à gauche, 2 petites journées à ramasser les aubergines, 1 bonne matinée à transplanter de la canne à sucre, 2 jours à ramasser les poivrons et un autre à désherber la canne à sucre. C’est plutôt pas mal pour le début. Même si j’ai eu des petites journées et 2-3 jours sans travailler je m’en sors bien. Puis vient finalement la ferme de l’enfer, les travailleurs allant la bas revenaient cassé et la responsable venait de demander de ne plus parler des conditions de travail aux nouveaux de peur que tous les nouveaux refusent d’aller travailler.

Plus grand chose ne me fait peur et puis je veux travailler, 5-6 jours par semaine avec des journées complètes, j’accepte donc le boulot lorsque l’on vient me le proposer. On est 6 de l’auberge à y aller, on est 2 nouveaux. On doit ramasser des poivrons, pas de problème, je m’applique, j’apprends, j’écoute, mon anglais est limiter, je ne comprends pas à 100% mes 2 supérieurs australiens (Josh le conducteur du tracteur et Sam la conductrice du camion) mais je m’en sors. Je suis baissé toute la journée, les poivrons sont presque à même le sol. La cadence est rapide, on est 6 derrières un tapis roulant soutenu par un tracteur où les poivrons tombent dans des grosses caisses (appelé « bin »). Chacun a une rangé d’arbustes, les anciens sont toujours juste au bord du tapis, moi je me retrouve rapidement 2-3 mètres derrières. Heureusement 2 jeunes demoiselles (de vrais travailleuses) sont placées devant et ramassent les poivrons de 3-4 arbustes pour permettre aux retardataires de revenir proche du tapis sans faire arrêter le tracteurs et donc les autres ramasseurs. Je vais comprendre rapidement qu’il faut picker au plus près du tapis pour éviter de faire trop d’efforts superflus. Les premières journées sont dur, on ramasse pendant 8 heures, les ¾ du temps je suis penché, le reste je m’accroupis car le dos me fait mal, les jambes aussi, changer de position devient indispensable. Les autres travailleurs sont essentiellement des voyageurs européens plus quelques asiatiques. Il y a une autre équipe essentiellement composé de personne venant de Tonga (ils seront toujours plus rapide que l’équipe « backpecker ». J’impressionne les autres en revenant des première journée en bonne forme, je ne m’en rend pas compte tout de suite, pour moi c’était ok, dur : oui, mais quel travail ne comporte pas de contrainte ?! Le premier nouveau avec qui j’ai débuté, un anglais, tournait aux poudres énergétiques, cafés, cigarettes et anti-douleurs. Sans grande surprise pour moi, il a dû arrêter après 3 jours car un de ses bras était complètement inflammé. Le suivant, un français, à arrêter le deuxième jours après 2 heurs de boulot ; trop dur : « je ne suis pas heureux lorsque je rentre du travail ». Le suivant, un autres anglais habitué au travail physique restera presque 10 jours. Moi ça y est, c’est la fin de ma deuxième semaine, je commence à être rapide mais les douleurs perdurent, que ce soit au dos ou aux jambes. Mais qu’est ce que la douleur ? Je l’ignore, je fais, je résiste, et oui j’ai gravit quelques cols qui ne me permettait pas de baisser les bras !

Le plus ancien ramasseur part, je me retrouve à être le « responsable » des backpecker, j’apprends aux nouveaux comment ramasser, j’aide les retardataires en sautant d’une ligne à l’autre (les filles ne sont plus la, il y a toujours 1 ou 2 gars devant pour aider mais cela ne suffi pas), je charge les bins du tracteurs sur le camion, je vérifie les lignes des nouveaux pour être sur qu’ils n’oublis pas de bons fruits, je jettes aussi les mauvais qui ont été posé sur le tapis pour aider Josh, je conduit même le bus le matin et le soir. Je me sens en forme, je suis volontaire et ma bonne humeur est toujours au rendez-vous. Bon pendant le travail je ne suis pas très bavard, le travail ne me le permet pas vraiment. Heureusement dans notre équipe il y a toujours eu 3 gars venant de Tonga dont 2 très rapides (Sione et Jonny) et un autre (Siuli) ayant eu un accident qui ne lui permet pas d’utiliser proprement sa main gauche. Un autre ramasseur, Jun, un chinois qui était là 1 mois avant moi ramasse aussi rapidement (essentiellement à genoux), il reste donc toujours 2 lignes problématiques, celle du nouveau et parfois celle de Siuli. Je me rend compte rapidement que Josh, l’australien qui gère le tracteur et donc la vitesse de celui-ci, va essayer d’aller toujours plus vite, toujours pousser au max ses 8 ramasseurs. Et même si il y a des nouveaux, on nous répète sans cesse que c’est un travail d’équipe, on doit donc aider les retardataires. Vous commencez à me connaître, lorsqu’il s’agit d’aider je suis le premier à le faire avec le sourire (d’autant plus vers la 3-4ème semaine lorsque les nouveaux sont de jolies demoiselles …;) ). C’est dur, de plus en plus dur, la deuxième et la troisième semaines sont un enfer mais je sais me reposer et m’alimenter. Les fermiers sont plutôt sympa, on a régulièrement des bières à la fin de la journée, on a même quelques dîners offert certaines semaines. Ils me parlent aussi d’un bonus en fonction du nombre de bins ramassés (sacré carotte, sacré âne!). Après la première semaine je commence donc à compter le nombre de bins remplis par jours. Au début on était vers les 70-80, pas terrible, les agriculteurs attendent au moins 80-90, pas de problème, on ramasse finalement 90-100 et sur la fin on descend rarement en dessous des 100 et on monte à 125 (ok on travaille maintenant 9h par jours). Il y a toujours des contraintes qui ne nous permettaient pas de ramasser toujours autant de bins, parfois les poivrons n’était pas prêts (trop vert), parfois il y avait beaucoup de fruits pourris (je ne vous raconte pas l’enfer de ramasser lorsqu’il y a plein de fruits qui pues à vomir), et à d’autre moment les arbuste étaient recouvert par des mauvaises herbes 2 fois plus hautes que les poivrons (une vrai jungle, un enfer).

Après 6-7 semaines de travail la météo annonçait une pluie de 1 semaine, le premier jours de pluie était insensé, tout le monde était à fond depuis 2 semaines, il y a quelques nouveaux qui faisaient du super travail. Les poivrons était un peu mieux qu’au début mais quand même, on ramasse 110-115 bins en moyenne par jours (environ 20 tonnes …) et là la pluie est battante, nos chaussures sont lourdes à cause de la boue, on est trempé de la tête au pied, 3 gars abandonnent au bout de 2h, Josh va plus vite que d’habitude, on est plus que 6, 1 heure après 3 nouveaux travailleurs frais arrivent ; ouf. Mais finalement l’après midi est terrible, ça va hyper vite, j’ai ma ligne mais je n’aide pas beaucoup, dimanche dernier j’ai eu mal au dos même un jours de repos, je sens que j’ai forcé la semaine d’avant à chargé les bins et aidé les potes. Et ce jours là je vois mon ami Jun à coté de 2 lents ramasseurs, il est debout depuis le début de la journée, c’est dur pour lui. Mais au lieu de ralentir Josh accélère, je vérifie les 2 lignes de Jun, on oubli des fruits, ça me met hors de moi, j’engueule Josh et lui demande de ralentir. Là je comprend qu’il veut finir la parcelle, c’est insensé, je me rend compte du boulot qu’il nous reste à faire, il pleut de plus en plus, il fait froid, il est tard. On finira la ligne avec presque 1 heure supplémentaire, on a fait 140 bins. Je me rend compte que Josh n’y est pour rien, les fermiers lui ont demandé de finir la parcelle car la pluie risquait de détruire les fruits. Nous, les ramasseurs on ne nous avait rien dit. Je me rends en fin de compte que les agriculteurs sont des « criminels », que c’était dangereux pour les travailleurs mais que ce n’est pas un problème pour eux, on est une main d’œuvre que l’on peut usé, cassé et jeté …

On est presque tous des travailleurs de bonne foi, parfois faibles mais avec la volonté de travailler. Mais on est rien, on est les obligés de ces exploitants australiens. On est parqué dans ces auberges à attendre au jour le jour selon les besoins. Certains travaillent uniquement 3-4 jours par semaines, certains 2-3h par jours, parfois juste assez pour payé le loyer de la semaine. La responsable de l’hotel promet du travail aux nouveaux même s’il n’y en a pas forcément, les agriculteurs font la même chose, ils demandent d’avoir 12 travailleurs disponibles mais n’appellent finalement que 6 d’entre eux. C’est parfait, comme ça si le travail est dur ils utilisent les 6 premiers jusqu’à l’épuisement puis ils prennent les 6 autres qui se réjouissent d’enfin travailler. L’épuisement est parfois total, les voyageurs européens ne sont pas habitués aux conditions climatiques des régions tropicales, certains ne sont pas habitués non plus au travail en général. A la fin novembre, à la haute saison, où les besoins humains sont plus important à cause de la récolte des mangues, le soleil est très puissant, les températures peuvent monté facilement jusqu’à 37-40°C. Des collègues bossant dans les entrepôt d’emballage travaillaient jusqu’à 95 heures par semaine, sans avoir vraiment le choix, si ce n’est celui d’être licencié. Vous imaginez les risques ? Un collègue Belge d’une autre ferme est décédés … mauvaise hydratation et fatigue intense. Le corps a lâché mais le mental peut aussi bien craqué. Il y a 2 ans, sans vouloir faire d’un exemple un cas général, un français à assassiné 2 autres clients de mon hôtel … Une année, des italiens sont mort dans un accident de voiture, peut être la vitesse, sûrement la fatigue.

Et vous voulez savoir le pire ? Comme vous avez du le comprendre ce sont des travails dur, très dur, alors aucun australien ne veut faire ça. Les travailleurs viennent soit des îles alentours (Fidji, Tonga, Indonésie …) soit se sont les voyageurs de pays « riches ». Sans vouloir rentrer dans les stéréotypes mais les travailleurs des îles sont souvent habitués au travail intense et aux conditions climatiques de l’Australie. De plus la quantité de citoyen de ces pays voulant venir travailler en Australie est assez importante de part l’écart important du niveau de vie (et donc de l’importance des salaires : environ 1000$AUD (660€/semaine)), alors la « sélection » est importante, seul les « meilleurs » viennent travailler. Contrairement à cette catégorie de travailleurs, nous, ces jeunes voyageurs (essentiellement européens), qui viennent profiter de la liberté et de l’aventure associé au working/holyday visa (travail/vacance), ne choisissent pas vraiment de travailler dans les fermes. La barrière de la langue, l’étendu du pays, la richesse culturelle des rencontres font que 1 an est assez court, la plus part souhaite renouvelé ce visa. Mais cela n’est pas sans condition, la condition (parfois différentes selon les pays) pour la seconde année est de faire 88 jours de travail dans une ferme. Alors oui on est volontaire mais on est insouciant, on ne se rend pas compte de la difficulté de la tache et parfois l’excitation liée aux rencontres nous aveugles quand à nos capacités. On écoute les bosses, on va au delà de nos capacité physique et/ou mental jusqu’à l’épuisement potentiellement morbide … Et tout cela connu et encouragé par le gouvernement australien !

Bon je me pleins de façon altruiste, la capacité de pouvoir écrire et transmettre des messages mais aussi la volonté pour le changement m’ont « forcé » à écrire cet article. Moi même je vais plutôt bien, et après seulement 3 mois et demi de travail j’ai pu mettre de côté environ 5000€. Toutefois des vacances s’imposaient !:) Je ne suis pas masochiste mais je me dirige vers d’autres fermes et cette foi-ci je vais chercher à être payer par bin, si je travail très dur, je ne pourrais m’en prendre qu’à moi. Mais le salaire devrais être nettement supérieur …

Good bye Home-Hell 😉

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4 réflexions sur “L’Homme : une énergie sans limite

  1. Mali

    Oh la la mon Poulain ça n’a pas l’air facile mais tu es bien courageux comme toujours 🙂 en tout cas c’est cool de garder le sourire, de comprendre et d’aider les autres même quand toi physiquement c’est pas facile. Prend soin de toi quand même !!! Plein de bisous

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  2. BA

    Ravie de te lire à nouveau !
    Cela donne envie de bosser tout çà……
    Tu vas revenir dans une super condition physique dis donc !
    Je te fias plein de bisous et te souhaites un noyeux joël
    Ta marraine

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